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Cette rubrique Vie pratique a pour but de faire partager les savoirs de chacun dans plusieurs domaines, n’hésitez pas à nous communiquer vos petits secrets en la matière…

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les Barmes news

La revue de Balme, village du Piémont, est régulièrement traduite par Annie Chazal. Les villages de Balme et Bessans ont toujours nourri une longue tradition d’échanges commerciaux et culturels, de rencontres qui se perpétuent, encore aujourd’hui. Nos amis de l’autre côté de la frontière éditent deux fois par an les passionnantes « Barmes News » que vous pouvez désormais lire ici en français.

Barmes News

La version en langue originale et illustrée de photos est disponible sur le site:

http://www.comune.balme.to.it/

Une carte, une mémoire

Depuis l’été 2007, les bulletins de Bessans Jadis et Aujourd’hui comportent un chapitre consacré à une carte postale commentée.

Vous pouvez retrouver ici chacun de ces documents, retenus pour leur intérêt documentaire ou affectif.

balade à Bonneval 1929

Il s’agit d’une carte postée à Modane en 1929 et timbrée d’une semeuse mauve à 40 centimes. Elle est éditée par Tissay, photo Combier-Macon. Jean Combier, éditeur à Mâcon, a publié plus de deux millions de cartes postales entre 1907 et 1982.

Au recto, une vue en sépia du Bonneval d’avant la route de l’Iseran et d’avant Tralenta, vue prise de la rive gauche de l’Arc, avec son clocher mauriennais caractéristique

Sur la carte, dessiné au crayon, l’itinéraire qui monte à la Pointe des Arses à 3203 m. Pour une meilleure visualisation, nous l’avons repassé à l’encre.

La carte est adressée à une certaine Mme Dubois à Versailles.

Le texte nous dit :

« Bonneval 13 juillet 1929

Excellent voyage en joyeuse compagnie. Arrivés à Bonneval hier par temps splendide, avons fait ce matin la Pointe des Arses (voir ci-contre) 3189 m, longue arête schisteuse avec 2 ou 3 passages déjà « intéressants » pour mes élèves débutants qui sont ravis bien qu’un peu fatigués – et bien qu’un orage nous ait un peu rincés dans les 2 dernières heures de la descente.

Affectueux souvenirs »

 La signature apparaît assez illisible, mais pourrait être CMonnier…

Son auteur pourrait être un professeur avec ses élèves, ou un accompagnateur du CAF avec des alpinistes néophytes, un abbé avec ses scouts, comment savoir ?

Ce qui est certain, c’est que cette équipée, d’un très bon niveau sportif, représente 1400 m de dénivelé en montée (pas de route alors pour raccourcir la marche d’approche…et la carte ne montre pas le Vallon en retrait de la Lenta), avec quelques vrais passages d’escalade pour parvenir au sommet et, bien sûr, tout autant en descente. L’itinéraire tracé au recto indique un retour par l’Écot, et qui emprunte donc une partie de l’actuel sentier balcon. On peut ainsi imaginer une longue et intense journée d’effort, toutefois la satisfaction semble bien primer, c’est une belle leçon d’optimisme et de persévérance !

À noter que l’altitude de la Pointe des Arses indiquée au recto de la carte et celle indiquée par l’auteur ne sont pas tout à fait identiques, l’altitude officielle est aujourd’hui de 3187m.

 

signé Didière

Cette carte a été postée en 1904 à l’adresse de Mlle Ernestine Chassons à Saint Etienne (on admirera la perfection de l’écriture à la plume). Elle a été écrite et signée le 18 août 1904 d’un prénom original « Didière ». La carte montre au recto la photographie d’un guide encordé sur un glacier avec ses clients, trois hommes équipés de knickers et une jeune femme chapeautée, en longue jupe écossaise.

Il ne nous a pas été possible de situer le lieu de la prise de vue ; de plus, depuis 1904, les glaciers ont beaucoup reculé et changé de physionomie. Il est intéressant de noter les coiffures masculines, chapeaux et larges bérets, les longs piolets de l’époque, les cordes de chanvre.

Qui pouvait être cette Didière ? On trouvera dans le n°64 de la revue de BJA l’article d’Annie Chazal présentant les diverses hypothèses avancées et un arbre généalogique réalisé par Françoise Cimaz établissant les liens entre les trois « Didière » évoquées.

pensionnaire mécontent

Cette proposition, relevée récemment sur Internet, et qui débouche sur une prestation de service, n’est pas nouvelle. La carte postale a été longtemps l’un des principaux débouchés commerciaux des photographes. Dans les premières années du vingtième siècle, on soignait sa mise, on se campait devant l’objectif du spécialiste et l’on pouvait adresser à ses connaissances de superbes cartes postales à sa propre effigie.

C’est ce que fit le personnage de belle prestance et à la fière moustache représenté sur ce document, obligeamment communiqué par Bernard Ognier, adhérent de BJA.

À la date du 8 décembre 1918, Joseph Florentin Fodéré, né à Bessans le 10 Mars 1879, a donc presque quarante ans. Ses parents sont Marie Thérèse Chevallier et Nicolas Célestin Fodéré.

Il a épousé, dans le troisième arrondissement de Lyon, le 2 mai 1912, Rosalie Françoise Georges, originaire de Haute-Savoie, employée, demeurant 278 rue Duguesclin, à Lyon. Florentin y est mécanicien et habite 27 rue Creuzot. Il sera ensuite commerçant, dans la même ville.

Lanslebourg, souvenir d'un malheureux militaire

Cette carte, sépia à l’origine, et ordinaire, est non datée ; elle doit très probablement avoir été écrite dans la première moitié du XXème siècle, plutôt au début. Elle représente le Lanslebourg de l’époque avec, au premier plan, les casernes dont Napoléon avait ordonné la construction en 1805, en complément de l’aménagement de la route du Mont Cenis, à l’emplacement actuel du quartier Napoléon. Les casernes, après avoir servi aux Français et aux Sardes, puis de nouveau aux Français, au gré des rattachements de la Savoie, finirent d’être démolies en 1980. De nombreux champs de céréales s’étagent encore à l’adret. Tout au fond, on aperçoit la calotte glaciaire de la Vanoise qui a bien diminué depuis.

Au verso, on trouve le nom du photographe-éditeur de cette carte à Chambéry, A. Doron. Le texte, écrit maladroitement, tant par la graphie que par son orthographe, par un “pauvre soldat” qui trouve le temps bien long, peut inspirer quelque pitié. Pourtant son humour hésitant entre fatalisme, fuite ou révolte, est tout à fait revigorant ; ce Georges Trouillon, au nom prédestiné entre troufion et trouillard, écrit :

« le Bonjours d’un pauvre soldat sur les mauditte frontières italliennes quand la neige tonberas noire et que les corbeaux serons blanc le 99 RI A [régiment d’infanterie alpine] sèfaceras de Ma mémoire.

Ma Meïeure conbine serait la fuitte enfin plus que 17 mois

A sette carte et à Moi comme la brusse [brousse] a son roi Trouillon et mon nom Georges mon prénom la France Ma nation le 99 Mas Prisson [ma prison]

Georges Trouillon »

Entre deux eaux

Cette carte a été envoyée le 4 août 1925 depuis Termignon. Elle figure le chalet-hôtel d’Entre-deux-Eaux situé au cœur de la Vanoise et sur la commune de Termignon, sur fond de massif de la Grande Casse.

Le texte au verso, débute ainsi : « Mon petit Jean, Nous sommes partis pour cinq jours pour faire uniquement à pied une superbe excursion. Voici le type des chalets de montagne ! Demain, nous serons au  Mont Cenis… »

Le chalet-hôtel est alors propriété de Marcellin Richard. Le centenaire du chalet a été fêté au cours de l’été 2008. C’est donc en 1908 que Joseph-Victorin Richard, dit “Marcellin” comme son père, décida de transformer son chalet d’alpage en chalet-hôtel. Le chalet ouvre en 1911 et, dès les premières années, des centaines de personnes y font halte, certaines sous la conduite de guides comme Payot de Chamonix, Amiez de Pralognan, Favre de Bramans, Blanc de Bonneval. À la fin du XIXe, la montagne est parcourue par les alpinistes pionniers, des botanistes, des militaires.

La maison d’alpage était déjà recensée sur la mappe sarde de 1734, elle se trouve sur “la route du sel” qui favorise le transport par mulets du sel de Moutiers et de la tomme de Tarentaise depuis la Savoie pour être vendus en Piémont.

Près du  refuge, un chalet en ruine avec un imposant pilier rond en pierres sèches est supposé avoir été un lieu de stockage du sel. Avant son ouverture officielle, les anciens guides attestent déjà la tradition d’un accueil régulier des alpinistes ou touristes de passage par les alpagistes.

rue de Bessans

Cette carte non écrite est l’une des très rares à nous montrer l’état des rues autrefois à Bessans en hiver, au début du XXe siècle. Il s’agit de la rue du Petit Saint-Jean, non goudronnée et bordée de maisons basses. On pourra reconnaître, à droite, le beau mur jouxtant la terrasse du restaurant la Bergamote, préservé et resté tel quel aujourd’hui.

Pas de chasse-neige motorisé à cette époque, les riverains déblayaient à la pelle, creusaient des tranchées comme on l’aperçoit à gauche de la carte.

On notera aussi l’alignement des cheminées et au fond la silhouette enneigée du signal du Petit Mont Cenis (3162 m).

L’inscription au dos de la carte : Tous les pays étrangers n’acceptent pas la correspondance au recto, se renseigner à la poste indique une publication entre 1904 et 1909.

paru dans le numéro 59 de la revue de BJA

glacier de Charbonnel

Une carte sans écrit et sans date, qui remonte très probablement au tout début du XXe siècle, elle nous montre des manœuvres militaires effectuées au Col de l’Iseran. La route du col, ouverte en 1937, n’existait pas encore et le col se passait alors par un chemin muletier reliant Tarentaise et Maurienne.

La carte est éditée par F. de Migieu à Chambéry dans la collection « LA PLUS BELLE ».

 

Mais son plus grand intérêt est de nous révéler l’ampleur du glacier du Charbonnel d’un seul tenant avec le bassin de la Gràla à droite (nom donné en référence à sa forme de grand plat creux), avec deux languettes de glace descendant dans les thalwegs.

Cette dimension du glacier correspond en gros à celle dessinée sur les cartes de l’armée en 1873. Chacun pourra vérifier combien depuis il a fortement diminué…paru dans le numéro 59 de la revue de BJA

souvenirs crue de l'Arc

Les crues de l’Arc qui dévastèrent la Maurienne en juin 1957 ont fait l’objet d’expositions, tout au long de la vallée, pour commémorer leur cinquantenaire.

Nous avons retrouvé cette carte photographiée avant la crue, mais écrite et envoyée ensuite par une certaine Veuve Tracq.

 

On y voit la route qui arrivait alors à Bessans par la rive droite, quelques voitures circulant, des berges encore intactes, la passerelle, … et aussi des champs encore cultivés vers “Entrameurs” et à droite aux Manches, au pied de Tierce.

Le texte de la carte raconte :
« … je vous joins cette vue de Bessans. Je vous ai crayonné les maisons parties dans les flots. C’est triste à voir, du moins les enfants ont dû vous le dire… »

il était une bergére

Une carte postale envoyée en 1948. C’est une carte sépia, intemporelle.

Dans un paysage de neige, vaste et serein, que l’on imagine aux premiers jours du printemps.
Au premier plan, la plaine de Bessans, les bras de l’Arc coulant entre des ilôts graveleux et de maigres buissons.

Au fond, le massif d’Andagne et de l’Ouille Allègre, tout enneigé.
Nichées au pied des montagnes, on devine les maisons toutes groupées du village et la pointe du clocher tutélaire.

Au premier plan, une jeune bergère en costume traditionnel de tous les jours et coiffée de la bérette, simple et altière, pose droite au centre d’un groupe de brebis à longue laine, camaïeu de noir, brun et beige. Juste derrière elle l’eau de l’Arc s’écoule paisiblement…

Une impression d’intense poésie et de douceur se dégage de cette scène au charme bucolique, avec ou malgré la neige, une scène où hommes et bêtes vivent en harmonie, que l’on pourrait tout aussi bien imaginer au cœur de l’Atlas marocain, rêver au pays des Himalayas ou toute autre civilisation haut-montagnarde.

paru dans le numéro 57 de la revue de BJA

culture des choux à Bonneval sur Arc

Cette carte a été envoyée le 16 juillet 1923 depuis Bessans

On y voit le village de Bonneval dans son écrin de montagnes et son émouvante austérité avec au fond le glacier de Trièves beaucoup plus important qu’aujourd’hui.
Au premier plan à droite, deux silhouettes de paysans au bord d’un vaste champ aux choux bien alignés en lignes espacées.

Il était de tradition à Bonneval « de jeter de la terre au printemps sur la neige pour activer la fonte ; puis les champs étaient plantés de choux à 1,50m ou 2m les uns des autres. Le terrain était ensuite labouré plusieurs fois (ce qui servait de buttage pour les choux) et le seigle semé fin juillet. Les choux récoltés dans les champs de seigle étaient superbes. Quand au seigle, il était moissonné l’année suivante en septembre après quatorze mois. Le pain de seigle était cuit en novembre ou décembre pour toute l’année. De petits moulins, sur la Lenta, fournissaient la farine. »
(Pierre Dompnier dans « Histoire des communes savoyardes » Ed Horvath 1983 tome III)

Labeur soigné d’une culture céréalière en haute montagne sur des terres à épierrer chaque printemps et qui a aujourd’hui disparu.

Et contraste déjà avec les prémisses d’une civilisation de tourisme et de loisirs ; lisons le texte écrit au dos de la carte :
« Ma chère Louise, nous sommes arrivés ce matin à Bonneval. Nous attendons l’arrivée d’un guide avant de monter aux Evettes. Le temps est beau, un peu orageux… »

paru dans le numéro 57 de la revue de BJA

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